«Tout est une question d'organisation»

Jonathan Beckers fait partie des meubles en Division d’Honneur messieurs. À 32 ans, il a joué pour le Léo, le Racing, le Pingouin et désormais pour l’Orée, actuel leader du championnat. Jusque-là, rien de bien original pour le défenseur de la génération des Dohmen et Van Strydonck. Là où « Juna » se démarque, c’est dans sa manière de jongler avec ses différents centres d’investissements. Comme cadre dans l’effectif de Xavier De Greve. Comme mari et père de bientôt quatre enfants. Ou comme ancien CEO de cinquante personnes. Il gère.

 

La carrière de Jonathan Beckers est plus derrière que devant lui. Mais la plus belle ligne de son palmarès ne serait-elle pas encore à écrire ? « Je crois vraiment au titre de champion de Belgique. Nous avons l’équipe pour », lance l’homme de 32 ans. En tête de Division d’Honneur, l’Orée et lui ont fait bonne figure jusqu’à la trêve forcée par la Covid-19. Le club bruxellois assume les transferts des stars comme Dohmen, Thiéry, Stockbroekx et de quelques Français assez fiables. « Tout se passe bien au niveau des résultats », explique Jonathan Beckers. « Mais je ne suis pas satisfait de notre qualité de jeu. Nouveaux joueurs, nouvelle structure, nouvelle tactique : tout doit encore se mettre réellement en place. Sur certaines rencontres que nous avons gagnées, nous avons été mis en difficulté.  Heureusement, nous avons eu de la réussite. Nous n’avons pas encore eu de match référence. Nos victoires nous propulsent sur le devant de la scène. Mais des concurrents restent au-dessus de nous. Nous sommes les outsiders qui suivent, de peu. » La claque 6-3 reçue au Léopold mi-octobre en est peut-être la plus belle preuve.

 

Changements de cap

 

Jonathan Beckers vit sa vie à fond. Il est notamment père de bientôt quatre enfants. C’est d’ailleurs aussi pour son aîné qu’il avait rangé son stick en août 2016. « Nous venions de perdre en finale des playoffs avec le Racing. J’étais promu pour mon boulot et je devais multiplier les allers-retours entre Bruxelles et Paris. Puis Raphaël est arrivé. Ça commençait à faire beaucoup », se souvient-il. « Je suis donc parti jouer avec mes potes. »

 

Mais après six mois, la frustration apparaît. Le gouffre est énorme entre un investissement total en DH et un petit entraînement par semaine en D.2. De réflexions en réflexions, « Juna » décide de reprendre. « Je trouvais finalement bête d’avoir arrêté le hockey pour le travail alors que depuis le début, il avait la priorité sur tout le reste, comme mes études avant lui. Et je parvenais de mieux en mieux à combiner vie de famille, professionnelle et sport. J’étais jeune et toujours fit. Je suis donc allé au Pingouin pour la saison 2017/2018. » Au milieu de la compétition, sa femme Marine et lui accueillent des jumeaux. De quoi charger encore un peu plus son emploi du temps. « Je faisais toujours mes trajets en France. Mais tout était bien calé dans mon agenda. J’arrivais pile-poil à Nivelles pour les entraînements. Je me suis éclaté là-bas. »

 

Les Aclots loupent le maintien et Jonathan Beckers rejoint l’Orée en juin 2018. Il se rajoute ensuite les responsabilités d’un CEO de 50 personnes. « Vu ma situation, je pouvais sauter des séances », confie-t-il. « Mais désormais, je n’ai plus de passe-droit au hockey. Je m’entraîne tout le temps car mon patron s’est récemment séparé de moi. Nous avions quelques désaccords. Et honnêtement, ça m’allait bien. J’avais déjà à l’esprit de chercher autre chose. Mais je ne suis pas pressé. Je ne suis pas de trop à la maison pour les trois enfants et ma femme qui attend la quatrième. Le hockey, c’est ma bulle. Ça me permet d’extérioriser et d’avoir un moment à moi. Ma vie sociale en pâtit un peu. Mais il suffit juste d’être organisé. Ça me convient toujours pour l’instant. »

 

Jusqu’à quand ? Si l’Orée arrache le championnat cette année, Jonathan Beckers pourrait bien raccrocher. « Le dimanche, il y a l’adrénaline donc ça me plaira toujours. Mais pour être bon le dimanche, il faut prendre du plaisir en semaine. Et quand j’irai trop régulièrement avec les pieds de plomb, ça signifiera que je n’ai plus l’énergie pour ça. Est-ce que je peux encore apporter au club ? Est-ce que je m’amuse ? Est-ce que je performe ? Tant que ces trois questions auront « oui » pour réponse, je continuerai. Mais l’arrivée de notre quatrième pourrait changer la donne. »

 

Valentin Thiery

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